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SILVERPECHE.com

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LE BLOG DES SAISONS

Publié le par RORO, GREG, MARCO, GEGE.
Une nuit dans les calanques.

Voilà c'est l'heure de partir à la pêche. J'ai passé une semaine à méditer sur la possibilité de me retrouver encore une fois dans les calanques de Marseille, pour cette fois la météo semble bonne avec une absence totale du vent , j'ai trouvé des appâts chez Cabesto, tout se présente plutôt bien.

 

Comme vous le savez je n'embarque peu de matériel avec moi quand je vais pêcher. Je n'ai de tout façon aucun désir d'aller vider la mer ou d'aller faire croire que je suis un grand pêcheur, la plupart du temps je vais pêcher pour prendre l'air. Bien souvent je me laisse guider par le destin sans m'obstiner sur un poste précis car mon expérience m'a prouvé que cela ne sert à rien. Mais avant tout la première épreuve de la soirée c'est la route, ceux qui connaissent marseille à l'heure la plus chargée de la journée le samedi savent à quel point il est nécessaire de rester maître de sois pour ne pas tuer quelqu'un. Pourtant la route qui relie Cassis à Marseille est une vrai merveille et c'est à cet instant que je sent monter l'aventure en moi. Je me demande même si on peut se lasser de voir un tel spectacle lorsque la route sinueuse monte vers les petits sommets. Nous avons une vue imprenable sur toute la baie de Cassis respectueusement étendue sous le cap Canaille qui domine outrageusement ses sujets.

Mais c'est aux portes des calanques que tout commence enfin pour moi. Là je laisse ma vie de tout les jours aux pieds des roches, un peu comme une lourde veste invisible car j'a besoin d'être bien concentré sur ma sortie nocturne. Le sentier rocailleux qui s'ouvre devant moi monte furieusement jusqu'au sommet de la colline, les pieds glissent, le barda pèse lourd et on cherche l'oxygène. Mais à peine tourné la petite montagne la brise légère s'empare de moi, ce n'est pas du vent c'est de l'air marin, il est temps d'observer et de penser à ma pêche plus qu'à l'effort que je doit fournir. Toute l'immensité est là pour me rappeler que même si ici je suis chez moi il n'en reste que ces endroits ont été dans le passé le théâtre de bien des malheurs.

Mes pas sont irréguliers à cause d'un chemin qui n'est pas très hospitalier, la mer se met en fanfare pour me guider dans ma progression. Du coup il me faut observer loin pour choisi ce fameux poste et je remarque justement une chasse pas très loin de bord. Voilà le détail que je cherche, le signe évident qui me dicte là où je doit aller, et par chance ce soir c'est pas loin...

Une nuit dans les calanques.

Au fond je suis heureux d'aller là bas malgré une marche difficile au départ que mes jambes de cinquante ans supportent encore bien. Je sait que ces coins sont très isolés mais c'est bien là que j'ai toutes mes chances de faire une très belle pêche. Pourtant il m'est arrivé quelques fois de n'avoir pas réussi à tirer mon épingle du jeu, parfois cela a été l'inverse mais une chose est sûre, mon esprit lui fera bonbance.

il ne me reste plus que quelques dizaines de mètres pour arriver dans mon coin, les quelques derniers mètres sont particulièrement difficiles et assez dangereux car il a plu le matin et ça patine beaucoup. Je n'ose imaginer donnerai une fracture aussi loin de tout ou une grosse pluie non prévue, en un mot ce serai la catastrophe ! Dans la foulée je déballe mon maigre attirail de pêche et je commence à faire mes montages ultra fins. Les bas de ligne ne vont pas dépasser le 18 centièmes et du 4 pour les hameçons. Autant dire qu'il ne faudra pas ferrer comme un fada.

Pour la partie des appâts j'ai prévu un beau ver de Rimini, six gros bibis le tout surgelé par la maison PEXEO. Autant dire que côté boustifaille je suis paré pour la nuit car là je pense pouvoir couvrir la base de la carte du restaurant que j'ouvre ce soir devant la mer. Le tout avec ces victuailles c'est qu'il faut les garder glacées le plus longtemps possible pour qu'elles restent bien charnues. Voilà les montages sont faits et les premiers vers vont toucher l'eau propulsé par mes soins à la vitesse supersonique ! Pourtant il n'est utile de pêcher trop loin du bord du fait que l'étendue d'eau devant moi est essentiellement sableuse et les roches sous l'eau sont minimalistes. Les poissons se tiennent souvent plus près du bord vu que c'est là que la nourriture se trouve, seule les ondulations voire les baïnes sont visitées, mais pour poser l'appât dedans relève de la chance. 

Une nuit dans les calanques.

Tout se passe calmement pendant de longues heures, il a bien une touche par ici ou une autre par là mais pour l'instant, pas de beaux poissons en vue. Les lignes bien tendues sur un écureuil ultra léger me renseignent immédiatement de la présence d'un poisson.

Il faut bien avouer que ce soir question météo on a touché le gros lot ! il n'y a pas le moindre souffle d'air et la mer est relativement bien agitée ce qui normalement est un signe majeur d'une belle partie de pêche. Mais au fur et à mesure que la nuit avance je n'arrive qu'à prendre des merdouilles me faisant consommer la longueur de mon précieux ver Italien. Je ne tient à pas à garder de Sars de 200 grammes ou des petits Pageots pour la gloire, je profite que du coup personne ne saura, je relance tout à l'eau en espérant ne pas les avoir trop martyrisés.

Une nuit dans les calanques.

Je vous fait grâce d'une grosse étoile de mer qui a englouti un gros bibi et d'un congre minuscule qui n'a pas encore toute la subtilité nécessaire pour déjouer les effluves de mon ver miracle. Mais ce dernier m'a tellement entortillé la ligne  jusqu'à l'arraché qu'il faut que je vérifie qu'il ne ma pas mis le slip à l'envers !!!

Hé bé voilà, c'est ennuis passés je suis confortablement assis face à la mer fumant langoureusement mes cigarettes roulées sans bouger. Au loin les bateaux chargés de touristes ou de marchandises passent tout éclairages racoleurs  dehors, de temps en temps une embarcation chemine lentement dans le poum poum caractéristique des vieilles coques.

Alors que je n'y crois franchement plus du tout, je remarque que l'écureuil de la canne plus en hauteur à légèrement bougé. Là c'est pas le départ de l'année mais l'expérience fait qu'il n'est raisonnable de négliger ce genre de touches,  soit c'est une merde soit c'est une belle pièce. Dans le contre jour de la lune je voit que le scion bouge c'est peut être le signe que le poisson a trouvé l'hameçon, va savoir...

Une nuit dans les calanques.
Une nuit dans les calanques.

Dans le doute je prends la canne en main et je tends légèrement le fil pour essayer de sentir si il y a quelqu'un au bout. Par chance de sent une tirée assez discrète qui me fait penser à un sar car c'est assez nerveux tout en étant sympa. Bon allé je lui envoie le ferrage car je pense qu'il a assez tourné autour du pot et il devrai être piqué.

Super ! le poisson est au bout et j'avais raison de me méfier c'est une belle pièce que j'ai en ligne. Bon on va voir si mon nouveau fil en 18 centième va tenir toutes ses promesses publicitaires car il promet 7 kilos, j'en demande pas tant... Pourtant je doit bien reconnaître que sans atteindre ce poids ma prise se défend à merveille et pour une fois, j'ai prévu le salabre derrière moi ! malgré tout je suis quand même un peu interrogatif car je suis un peu en hauteur et pour manipuler une grosse épuisette et une canne où se trouve un beau poisson dessus n'est pas aisé.

Il y a une deuxième chose dont il faut se méfier quand on est au dessus de la surface de l'eau, c'est quand le poisson arrive tout près de la pellicule, on a toujours l'impression que c'est un petit poisson. A moins qu'il fasse plusieurs kilos, les sujets légèrement au dessus du kilo semblent petits. Je suppose que c'est distorsion de l'eau qui en est la cause et par le passé j'ai cassé de jolies pièces à cause de cet effet d'optique en voulant les monter en poids. Hé bien là c'est précisément ce qui arrive, j'ai l'impression qu'une blanquette de Cinq cent grammes bataille sous mes pieds et vu la difficulté que je vais avoir à la salabrer je suis tenté de m'en passer. Maiiiiis au dernier moment j'attrape les mailles et me voilà moi aussi en bataille pour enfourner mon poisson. En plus une daurade c'est nerveux et ça esquive à merveille les obstacles même bien piquée sur l'hameçon. Je met quelques longues minutes à trouver enfin l'angle qui va me permettre de la glisser dans le filet, le temps presse car j'ai les épaules en feu et les lombaires qui grincent des dents !!! Là je mesure à quel point j'ai morflé car à peine échouée dans mon bac il me faut m'asseoir pour reposer les reins et respirer comme si j'allais accoucher ! Voilà le résultat d'une jeunesse usée par les deux bouts et où maintenant l'addition arrive !

Une nuit dans les calanques.

J'ai le plus profond respect pour ce genre de poissons car une pièce de plus d'un kilo n'est pas un poisson de l'année dernière ni même celle d'avant. Cette daurade a dû déjouer un nombre incalculable de pièges tendus par beaucoup de pêcheurs. Je ne peut m'empêcher de regretter un peu qu'elle se soit laissée séduire par mon ver de Rimini car la capture est un acte définitif, dépassé un court instant elle succombera. Même si ma pratique a été un moyen de survivre pendant de très longues décennies aujourd'hui elle n'est plus qu'un sport bien cruel. Même en prenant beaucoup de recul sur la pêche on en vient toujours à se demander le pourquoi d'une telle passion qui nous animent. Pourtant rien ne nous y oblige en somme, cela coûte beaucoup d'argent et demande beaucoup d'effort voire de sacrifices. Mais je convient que la pêche vas à l'encontre de tous les principes de conforts et intellectuels car tout est provisoire lors d'une sortie. Cet appendice idéologique pendouille virtuellement devant notre nez un peu comme une carotte pour faire avancer les ânes et je peut comprendre que ce côté obscur irrite tant il est incontrôlable. En tout cas plus que la pêche en soi, c'est d'avoir trouvé beaucoup de réponses sur la vie dans les yeux de la mer car le respect de la vie qui s'y trouve, l'histoire des lieux pour arriver à aujourd'hui, impose de faire partie du décor. Quand je suis loin de tout la nuit et que la vie semble avoir disparue, il y a une autre forme d'oeil qui s'ouvre, on y voit à l'intérieur de son esprit et cela pousse forcement à redéployer ses propres concepts.

Les heures passent et plus rien ne semble bouger. Par habitude j'ai lancé une autre canne à pêche car de toute évidence elle ne risque plus de trouver preneur. Moi je suis confortablement assis contre un pan de roche encore légèrement tiède et je m'amuse à sentir sa chaleur avec les doigts. Bien lové dans lourdes affaires d'hiver je ne craint pas le froid et je sent bien la chaleur qui circule comme si j'était dans un oeuf. Mais ce qui est fantastique c'est qu'ici je suis invisible, je ne fait aucuns bruits seul le crépitement du bout rouge de ma cigarette roulée consolide ma fausse solitude. De temps en temps un animal passe sur le chemin qui est bien plus haut, un renard peut être...

Et puis voilà d'un coup c'est l'heure, je ne sait pas trop où j'en suis avec ça mais j'ai décidé de partir. Les touches sont inexistante et j'ai de toute façon étanché ma soif d'aventure. Il me reste à replier ma boutique silencieusement, de tout remettre sur le dos encore une fois et de reprendre le chemin tortueux des calanques. Encore une fois je ne revient pas seul mais accompagné d'un beau poisson qui éveillera une fois de plus bien des convoitises à la maison. Je ferai de mon mieux pour élever au rang de magique toutes les saveurs que peuvent produire les chairs d'une daurade fraîchement pêchée. Tout ou presque sera dit dans mon blog de la pêche à l'assiette, mais il y a aura bien des choses qui resteront là bas dans ces calanques. Même en forçant mon talent pour l'écrire, même si je trouvai subitement les mots, je me rend compte que le bonheur n'est pas de dimension humaine.

Une nuit dans les calanques.
Une nuit dans les calanques.
Une nuit dans les calanques.
Une nuit dans les calanques.

Commenter cet article

Angeline 23/02/2018 19:15

j'aime me promener sur votre blog. un bel univers très intéressant. mon blog sur pseudo. à bientôt.

shana lilie 23/02/2018 15:42

Beau blog. un plaisir de venir flâner sur vos pages. une belle découverte. un blog très intéressant. J'aime beaucoup. je reviendrai. N'hésitez pas à visiter mon blog (lien sur pseudo). Au plaisir

Stéphane 21/02/2018 10:46

Toujours un plaisir de vous lire...et jolie dodo

gerard 16/02/2018 19:37

Salut, il y a quelques loups dans les calanques (bibi entier), pas très gros mais en nombre plus important que les saisons précédentes. Mais en moment il faut avoir la passion pour s'aventurer sur ces "savonnettes" qui jalonnent le chemin jusqu'à la calanque des cayrons.

Marco 30/01/2018 21:59

Ca fait plaisir de te lire mon ami. Bravo pour ce recit et cette belle prise. Bientot tu galeras plus pour le salabrage, j arrive....encore quelques moi à attendre... bis mon roro

alainpaddy 28/01/2018 18:36

Comme d'habitude ! on va au bout du récit comme des morts de faim d'aventure ! Belle récompense avec ce beau poisson qui j'en suis sûr va trouver preneur !! je ne serai pas jaloux de la météo ! ici c'est toujours soit du vent ! soit de la pluie avec ! hier du soleil !! je n'en suis pas encore remis !! Bises

bernard 28/01/2018 18:00

Bravo, pour l'aventure, que l'on suit avec grand plaisir.
Les dorades sont là en effet, j'en ai encore sortie une sans queue, (cicatrisée) merci les tassergals.

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